Ecrit par Bill Mann • Le 25/11/2014

L’art, une source d’inspiration pour le manager

Jeudi 13 novembre dernier, nous avons vécu notre premier évènement « l’Art de déjeuner » au musée d’Orsay. Il s’agissait de découvrir, avec les Ateliers du Regard, deux œuvres majeures du musée.

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Jeudi 13 novembre dernier, nous avons vécu notre premier évènement « l’Art de déjeuner » au musée d’Orsay. Il s’agissait de découvrir, avec les Ateliers du Regard, deux œuvres majeures du musée. Et de constater combien cette expérience pouvait inspirer l’art de manager.

Prendre le temps de l’observation

Sous la conduite de Stéphane Coviaux, fondateur des Ateliers du Regard, nous montons au cinquième étage du musée, qui abrite la grande galerie des Impressionnistes. En chemin, nous croisons des girafes et des elfes, le grand ours blanc de François Pompon. Passons devant la grande horloge de l’ancienne gare – splendide aussi vue de l’intérieur. Et notre petit groupe de quinze, dûment équipé d’écouteurs reliés au micro de notre conférencier, prend place en face de la grande toile de Manet : « Le Déjeuner sur l’Herbe ». Ou plutôt « Le Bain », comme le peintre avait nommé son œuvre à l’origine.

« Ensemble nous allons vivre une soirée de luxe » entame notre mentor d'un soir. « Car nous allons nous donner le temps de regarder deux œuvres. Pour commencer nous allons consacrer trois minutes d’observation, en silence, à ce tableau de Manet. Plongez-vous dans l’œuvre, ne cherchez pas d’interprétation. Croyez moi, le temps que vous allez lui donner, elle vous le rendra. »

A la recherche du sens

Un peu décontenancé, notre groupe se consacre à la peinture. Chacun cherche son angle de vue, ses observations. Voici les miennes : la pâleur du modèle nu, le panier renversé, la pièce d’eau au second plan. Mais quelle est donc cette femme qui sort de l’eau drapée dans des dessous de vestale ?

Nous passerons une demie-heure devant le « Déjeuner sur l’herbe ». La sollicitation adroite de chacun d’entre permet d’approfondir l’observation et d’engager l’interprétation de l’œuvre en utilisant le regard de tous les participants. Une source très diversifiée ! Par exemple :

  • Le regard de la femme qui nous suit
  • La clairière du fond qui attire le regard
  • La suprenante femme nue au milieu des hommes habillés. Et cette femme nue porte un chapeau ?
  • Ce drôle d'oiseau au dessus des personnages
  • Le volume des feuillages
  • Les vêtements des hommes endimanchés
  •  Le pain n’est pas rompu, mais la bouteille est bel et bien vide !

Ce travail partagé, associé aux apports du conférencier, nous a finalement permis une analyse en profondeur de l’œuvre. Les spécificités de l’art de Manet et de ce mystérieux tableau sont alors apparues :

  • L’incongruité et l’étrangeté de la composition,
  • L’éclairage artificiel et intense qui fait ressortir le nu comme un élément ajouté,
  • Les contrastes soutenus de couleur, la juxtaposition des noirs, des verts et des clairs,
  • La présence simultanée dans l’œuvre de parties très achevées et d’autres seulement ébauchées (la main de l’homme, par exemple),
  • La présence d’animaux : grenouille, oiseau et « renard-écureuil »,

… et d’autres encore qui ont ouvert différentes voies d’interprétation et ont aussi permis de comprendre le rejet du tableau lors de sa présentation au Salon de 1863.

Solliciter et récompenser l’intelligence collective

En fin de compte, ce n’est pas tant le tableau lui-même, mais bien la conduite de la visite, qui va se révéler source d’inspiration pour le management, à l’heure où la sollicitation de l’intelligence collective constitue un enjeu primordial pour les entreprises. Car on a pu observer dans la démarche proposée les éléments clés propres à son exercice :

  • L’équivalence des participants,
  • La bienveillance de chacun,
  • La responsabilité dans la prise de parole.

 

Le rôle du facilitateur – ici, notre conférencier – est fondamental : il s’agit d’aider à regarder, de donner de la cohésion au groupe, et de créer un cadre propice à la prise de parole.

Grâce à lui – et grâce à un groupe qui s'est prêté au jeu, qui a donné de son temps à l'œuvre et partagé ses points de vue, j'ai vécu un moment à la fois reposant… et incroyablement stimulant. Un temps au cours duquel l’écoute active et l’implication libre et engagée de chacun a permis de vérifier la pertinence du vieil adage africain :

Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin.

 

 

Post-scriptum : l'Hommage à Delacroix de Fantin Latour nous permettra de voir rapidement Manet "en peinture". Et notre dernier arrêt sera pour Renoir et son Bal du Moulin de la Galette. Après le mystère, place à la joie de vivre !