Ecrit par Marine Guillermou • Le 16/04/2015

L'Université PSA, vecteur du changement

Entretien avec Claudia Constant, Directeur de l'Université PSA Peugeot Citroën chez PSA Peugeot Citroën.

Gestion de l'entreprise . Motivation salaries. Accompagnement du changement. Formation

Entretien avec Claudia Constant, Directeur de l'Université PSA Peugeot Citroën chez PSA Peugeot Citroën.

Manager Attitude : Pourquoi avoir choisi le terme « université » pour décrire l’activité de votre direction des programmes de formation ?

Claudia Constant : L’Université accompagne l’entreprise dans la mise en place de la stratégie. Nous ne faisons pas que proposer un catalogue de formations plus ou moins immuable, nous construisons notre offre en fonction des priorités. Nous sommes un des vecteurs du changement dans l’entreprise. Si la stratégie du groupe change, les programmes que nous offrons évoluent, ils s’adaptent.

Quel est l’objectif de l’Université PSA ?

Le rôle de l’Université est d’accompagner tous les salariés de l’entreprise dans leur montée en compétences, dans leur métier ou sur d’autres métiers. J’aime à dire que nous peignons du sol au plafond : tous les salariés sont concernés par les programmes de l’université PSA, des ouvriers sur les chaines de montage jusqu’au au top management.

Avec l’arrivée de notre nouveau PDG, Carlos Tavares, c’est un véritable changement de culture d’entreprise qui s’est opèré, marqué par la stratégie « back in the race ». L’Université propose un ensemble de programmes qui vise à faciliter la transformation de PSA. Nous aidons chacun à être acteur de ce que PSA va devenir, en devenant plus performant dans son domaine mais aussi en adoptant des comportements nouveaux, en rupture avec le passé. Augmenter l’employabilité de chacun en interne, mais aussi en externe lorsque nos collaborateurs ont d’autres projets, fait partie de notre mission.

Nous visons l’entreprise apprenante et qualifiante

Ce qui nous guide est la recherche de l’avantage concurrentiel dans tous les domaines. Nous voulons que nos collaborateurs soient plus performants, mieux préparés, plus compétents, plus ouverts, plus agiles, plus adaptables. Nous visons l’entreprise apprenante et qualifiante.

Quel est votre mode de fonctionnement ?

Nous assistons les filières métiers dans la conception des meilleurs programmes qui répondent au mieux à leurs besoins présents et surtout futurs. Pour chaque collaborateur sont mises en regard les compétences techniques acquises et celles qui sont nécessaires pour la réalisation optimale de sa mission, préalablement définie par le manager. Notre démarche prend en compte la situation du collaborateur par rapport aux besoins de sa filière métier. Nos formations visent à combler l’écart entre l’existant et le souhait des responsables de filières et de métiers.

Avec l’Observatoire des métiers et des compétences, nous mettons en évidence les besoins futurs, les métiers sensibles, à l’équilibre et en tension. Pour les métiers sensibles, l’Université propose des reconversions internes à travers notre programme Top Compétences : c’est ainsi que 3400 personnes ont été reconverties depuis 2012. Typiquement, des ouvriers de notre usine de Rennes sont devenus programmateurs Java au sein de la Direction des Systèmes d’Information.

Il n’est pas évident de modifier la culture d’une entreprise, surtout aussi importante que PSA. Comment vous y prenez-vous ?

L’arrivée de M. Tavares a agi comme un déclic. Je pense que l’entreprise avait déjà connaissance de ses travers, l’idée était donc de chercher à capitaliser sur les forces, pour faire mieux, et différemment. Ce réveil a été un salut. Car la clairvoyance sur les travers n’engendrait aucune satisfaction ! Carlos Tavares a identifié très rapidement nos forces, mais aussi certaines faiblesses que nous sommes en train de corriger.

L’accent sur le collaboratif

Nous mettons donc l’accent sur le collectif, le collaboratif, nous cherchons à casser les silos, à être plus agiles dans la prise de décision et dans l’exécution. Par exemple nous rassemblons, pendant deux jours, des cadres de tous niveaux, pour travailler en toute transparence sur qui on est et où on veut aller ensemble. Auparavant, ce type de formation avait lieu par niveaux hiérarchiques, sans mélange. C’est nouveau pour l’entreprise.

Comment suivez-vous le changement ?

Si on se fie aux notes de satisfaction post séminaires et formations, on touche à l’excellence ! Mais ne nous leurrons pas, des changements aussi profonds ne peuvent pas arriver aussi rapidement. L’année dernière nous avons proposé un programme managérial axé sur le « pourquoi » du changement, cette année il vise le « comment ». Là encore, nous adaptons notre offre aux besoins.

Que vous apportent les outils numériques ?

Pour le e-learning, les Moocs, les webinars, ou tout autre outil numérique, la démarche est individuelle et volontaire. Le collaborateur va chercher ce dont il a besoin. Pour moi, ce sont des technologies nécessaires car elles œuvrent à l’entreprise auto-apprenante : le collaborateur est acteur de sa montée en compétences. Par opposition à une formation à laquelle on est convié.

Je suis persuadée que l’avenir se fera avec ces outils. En e-learning, nous constatons une multiplication par 2 des connexions et des contenus d’une année sur l’autre. Les vidéos, qui duraient facilement 15 minutes il y a quelques années, se doivent aujourd’hui d’être courtes, 5 à 10 minutes maximum, pour interpeller. L’apprentissage vient dans un second temps. Il nous faut constamment nous réadapter, et proposer des contenus et des formats en lien avec les habitudes de consommation.

Quel est l'impact sur l’évolution du métier du RH ?

Contrairement à un département qui ne proposerait que des formations, nous développons un véritable savoir sur l’accompagnement pédagogique, et je constate une professionnalisation de nos compétences, jusqu’à une certaine expertise. La formation, le développement des compétences par des programmes internes ou externes, contribuent pleinement aux résultats de l’entreprise.

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Claudia Constant est directrice de l’Université PSA. Ingénieur de formation, diplômée de l’école Polytechnique de Bucarest, elle a suivi le programme Copernic du Collège des Ingénieurs entre 1992 et 1994. Elle est titulaire d’un master 2 « Dynamique humaine et développement des organisations » de l’Université Paris-Sorbonne. Après avoir travaillé en cabinets de conseil en organisation et supply chain management, elle a rejoint PSA en 2001 en tant que responsable logistique VO, pour se tourner vers la fonction RH en 2005. Avant d’être directrice de l’Université, elle a été DRH de plusieurs directions tertiaires chez PSA.

Propos recueillis par Marine Guillermou.