Ecrit par Marine Guillermou • Le 17/12/2015

Expatriation et carrière du conjoint

En matière d'expatriation, la question de la carrière du conjoint est de plus en plus importante. Si ce type d’expérience est souvent recherché par les salariés, conscients de la valeur ajoutée à leur parcours, ils sont pourtant de plus en plus nombreux à rechigner au départ. Car c'est aussi l'avenir professionnel de leur conjoint qui est en jeu.

Avantages salariés . Avantages sociaux. Accompagnement du changement

En matière d'expatriation, la question de la carrière du conjoint est de plus en plus importante. Si ce type d’expérience est souvent recherché par les salariés, conscients de la valeur ajoutée à leur parcours, ils sont pourtant de plus en plus nombreux à rechigner au départ. Car c'est aussi l'avenir professionnel de leur conjoint qui est en jeu.

Imaginons un dialogue entre un employeur et le salarié nominé pour un poste à l’étranger :

- " Comment, vous n’acceptez pas de partir à l’étranger, sur ce poste en or, avec toute l’aide que nous vous apportons, à vous et à votre famille ?

- Eh bien non. Ma femme tient à sa carrière – et moi je tiens à elle. "

Caricatural ? Pas tant que cela. Expat Communication, spécialiste de l’accompagnement du changement dans le cadre de la mobilité internationale, a mené en mai 2015 une enquête à propos de l’impact de l’expatriation sur la carrière du conjoint de l'expatrié. Avec plus de 3,500 réponses, elle confirme des rumeurs sur le sujet, et en infirme d’autres. Voici une sélection des informations à retenir pour les entreprises et les responsables de la mobilité internationale.

Le taux d’hommes accompagnateurs en expatriation est toujours très bas

9% seulement des conjoints accompagnateurs sont des hommes. Pour expliquer ce chiffre : le taux de femmes expatriées est plus élevé (entre 13 et 20% selon les études) mais beaucoup d’entre elles partent seules. Et, même si c’est Madame qui a le contrat et qui les emmène en expatriation, les hommes accompagnateurs renâclent à s'accepter « conjoint suiveur ».

Les conjoints ne sont pas prêts à sacrifier leurs carrières

80% d’entre eux veulent travailler pendant l’expatriation, hommes comme femmes. Et 76% cherchent effectivement. Les conjoints avec enfants affirment à 75% que leur priorité est la maison et la famille, et ceux qui sont sans enfants ont pour priorité, à 47%, le travail ou la recherche d’emploi.

Les conjoints d’expatriés sont promis à une belle carrière en France

Ils sont, bien souvent, des « stars professionnelles ». Plus de 72% de bac +4 et au-dessus, parlant au moins 3 langues, avec des diplômes souvent prestigieux, à l’instar, voire encore plus, de l’expatrié lui-même. Les hommes accompagnateurs sont les plus diplômés du panel. Ils étaient donc promis à un bel avenir dans leur pays.

Pourquoi vouloir travailler une fois à l’étranger ?

Il s’agit avant tout d’assurer leur employabilité (46%), c’est-à-dire de maintenir une continuité dans le CV et de préserver ses compétences, à moyen terme. Prévoyants, ils anticipent le retour et sont conscients de la fragilité des couples. 33% veulent aussi avoir un projet à eux ; les motivations financières ne comptant que pour 11% des sondés.

Beaucoup d’obstacles sur le retour à l’emploi du conjoint

80% des conjoints voudraient travailler… mais que d’obstacles ! Les plus fréquemment cités sont :

  • l’étroitesse du réseau sur place,
  • la non-maîtrise de la langue,
  • la mauvaise connaissance du marché local,
  • le visa, qui apparaît en fin de liste car il ne concerne qu’une minorité d’expatriés – mais dans ce cas, sa non-détention est souvent rédhibitoire.

Combien trouvent du travail ?

La moitié de ceux qui veulent travailler trouvent un emploi. Certains ont déjà un poste avant de partir (6%), 35% trouvent sur place. Cela confirme que suivre son conjoint à l’étranger constitue un risque majeur pour sa carrière.

Sur quel type de poste ?

68% de ceux qui ont trouvé en emploi à l’étranger occupent un poste salarié, 32% travaillent en libéral, autonome ou créateur d’entreprise. 50% des employeurs sont des entreprises locales et de taille moyenne. Et la majorité fait d’importantes concessions : 47% des conjoints ont régressé en salaire par rapport à leur poste précédent, 32% ont réduit le périmètre de leur poste et 28% baissé de niveau hiérarchique. 19% ne travaillent qu’occasionnellement. Mais 43% progressent en compétence.

L’accompagnement est clé… mais très peu proposé

Les conjoints expatriés n’ont, pour 80%, bénéficié d’aucune aide pour leur recherche d’emploi. Seuls 6% ont été aidés par l’entreprise de leur conjoint. Or ces accompagnements sont considérés utiles par 80% des conjoints. Utile pour décoder le marché local, adapter ses outils, affiner son projet et soutenir sa motivation. Au total, 20% des conjoints seulement bénéficient d’un accompagnement au retour à l’emploi en expatriation, tous types de programmes confondus, gratuits, payants, intenses ou très légers. Et 80% ne bénéficient d’aucune espèce d’accompagnement.

Un bilan positif malgré tout

Malgré ce portrait globalement décourageant, professionnellement parlant, les conjoints expatriés tirent en grande majorité un bilan positif de leur expérience à l’étranger, qu’ils aient travaillé ou non. A 62%, ils considèrent que l’expatriation a été mauvaise pour leur carrière et pourtant, à 86%, ils jugent que l’expérience a été globalement positive. Les sources de réjouissance ? L’ouverture d’esprit et l’enrichissement personnel nés de cette expatriation.

Qu’en retenir ?

L’expérience de l’expatriation professionnelle est valorisée et valorisante. Dans un monde économique instable, la possibilité pour les deux membres d’un couple de poursuivre leur carrière devient un facteur déterminant au moment d’accepter un poste à l’étranger pour l’un des deux. Une décision concertée, qui met pourtant en danger la carrière de celui qui suit. Car si 80% des conjoints veulent travailler pendant leur expatriation, seule la moitié y parvient.

Le parent pauvre des packages au départ

Si l’entreprise considère qu’il est de sa responsabilité de prendre en charge l’expatrié et sa famille lors du temps de l’expatriation (primes, aide au logement, sécurité sociale, prise en charge des frais scolaires, etc.), l’accompagnement du conjoint dans sa carrière est encore le parent pauvre des packages au départ. Et pourtant, c’est souvent le critère principal qui entre en ligne de compte dans la décision d’accepter, ou non, un poste à l’étranger. Or il est possible d’accompagner la carrière du conjoint : définition de son projet, recherche d’emploi, ré-orientation, etc. Et ce, au moment de l’expatriation, ainsi qu’au retour dans le pays d’origine.

Faire les premiers pas

« Si votre entreprise est concernée par ces questions, le premier pas est de vous informer sur le sujet. Participer à des conférences, ou en organiser en interne, est une bonne option pour commencer » résume Alix Carnot, directrice du développement d’Expat Communicaiton, et initiatrice de l’enquête dont sont issus tous les chiffres mentionnés dans cet article. Elle résume ce devoir d’accompagnement par la formule « duty of care ». En expatriation, les frontières entre les sphères privées et professionnelles se brouillent, propulsant les responsables de la mobilité face à des questions qui dépassent souvent le simple cadre professionnel. La carrière du conjoint expatrié est l’un de ces sujets.

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Pour en savoir plus : Dossier de presse et intégralité des chiffres de l’enquête Expat Value sur la carrière des conjoints expatriés : http://www.expatcommunication.com/expat-value-resultats-de-lenquete-sur-les-carrieres-des-conjoints-expatries/