Ecrit par François Jeanne • Le 21/12/2015

Des livres sous le sapin des managers

Profiter des fêtes pour lire quelques bonnes pages et, pourquoi pas, prendre de bonnes résolutions pour la nouvelle année. Voilà ce que vous propose Manager Attitude, avec une sélection de cinq livres consacrés au management… plus un auteur inattendu.

Ressources Humaines . Livre Management

Profiter des fêtes pour lire quelques bonnes pages et, pourquoi pas, prendre de bonnes résolutions pour la nouvelle année. Voilà ce que vous propose Manager Attitude, avec une sélection de cinq livres consacrés au management… plus un auteur inattendu.

L'exemple vient du (très) haut

Commençons par prendre de la hauteur, si possible de façon œcuménique. L’auteur de Leadership et humilité, 12 leçons de leadership du Pape François, aux éditions MétaNoï, s’appelle Jeffrey Kames. Il est américain et non catholique. Comme l’écrivait Manager Attitude à la sortie du livre, l’observation du souverain pontife l’a amené à s’interroger sur le lien entre leadership et humilité. Il en a tiré la conclusion que certaines directions de pensée et de comportement sont de nature à nourrir le charisme, ici d’un pape, et pourquoi pas d’un manager. Selon lui, il faut réhabiliter des vertus comme l’humilité, la simplicité et la proximité pour « un management inspirant et fécond ». Un optimisme qu’on a envie de partager, en cette période de Noël.

Vos gestes sont des messages

Dans les moments difficiles, il est important de garder à l'esprit les gestes qui nous sauvent… d’une trop grande lisibilité. Dans Décoder ses gestes en 10 leçons chez Leduc Editions, Valentin Becmeur nous apprend comment éviter de nous trahir, face à un supérieur hiérarchique comme face à un collaborateur. Avec, pour chaque posture à bannir, une petite analyse de ce qu’elle révèle de nous – à tort ou à raison. Et une solution pour s’en débarrasser. Un exemple : il faut absolument sortir les mains de ses poches quand on s’adresse à un membre de son équipe. Cette attitude décontractée à toutes les chances d’être ressentie comme un excès de recul, ce qui peut cacher, au choix, une trop grande confiance en soi, ou à l’inverse une sourde inquiétude. La solution de l’auteur : cousez vos poches !

L’audace se partage

Co-auteur chez Eyrolles, avec Renaud Thomazo et Pascal Vancustsem, du guide pratique Pour adapter son niveau d'audace à chaque situation, Didier Durandy milite pour plus de prise de risques en entreprise. « Je crois qu’en France les gens ne se donnent pas la liberté d’être audacieux. Le regard des autres compte beaucoup trop » déclarait-il cet été à L’usine Digitale. Et de regretter que nos cadres s’expriment beaucoup trop au conditionnel passé : « j’aurais du » est leur expression favorite, et elle traduit bien leur incapacité à affirmer leur opinion, au bon moment. Sa recommandation aux managers ? « Trop souvent les dirigeants vont décider, puis attendre de l’audace dans l’exécution. Or une personne qui ne croit pas à ce qu’on lui demande de faire, ne le fera pas très bien, traînera des pieds. S’ils veulent de l’audace chez leurs collaborateurs, qu’ils commencent par les associer en amont de la décision ».

N’ayez pas peur des bébés vilains !

La transition est toute trouvée avec l’ouvrage Créativity, Inc. du président de Pixar, Ed Catmull (éditions Transworld Publications). Il est sorti fin 2014, et a enthousiasmé bien des lecteurs, comme par exemple Stéphane Schultz sur le site 15 marches.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la manière dont l’ouvrage décortique le management et la culture d’une entreprise favorables à la créativité, avec des processus bien identifiés. Parmi les nombreuses idées développées, la métaphore de l’horrible bébé se révèle particulièrement parlante. « Les premières maquettes d’un film ne préfigurent presque jamais ce qu’il deviendra vraiment ». Exactement comme un enfant qui vient de naître n’a pas vraiment le visage du futur adulte qu’il sera, ni même de l’adorable poupon devant lequel tout le monde s’extasiera dans quelques mois. Faut-il le jeter pour autant ? Non, surtout pas. Et il va aussi falloir lui laisser le temps d’apprendre à faire du vélo, avant qu’il devienne un grand champion. Patience, respect, formation : des mots clés si l’on veut favoriser l’innovation et préparer l’avenir de l’entreprise…

Rions un peu…beaucoup

Tout cela est bien sérieux. Et si nous nous autorisions à rire un peu ? Lionel Bellenger en est un chaud partisan. Il avait déjà publié Manager avec humour aux éditions ESF, il récidive avec Rire et Faire Rire. Dans une interview à l’Usine Nouvelle, il explique que « les personnes avec de l'humour prennent de la hauteur, de la distance par rapport à l'événement. Dans le monde économique qui est le nôtre, ils apportent aussi de la créativité ». Mais avoir de l’humour ne s’apprend pas : « Les gens qui en ont (…) fonctionnent comme des radars, écoutent beaucoup, ont une grande sensibilité à ce qui se passe autour d'eux (…) Comme la créativité, l'humour repose sur des associations d'idées, il faut donc être ouvert, disponible à ce qui se dit ».

Voilà pourquoi Lionel Bellenger recommande aux recruteurs et aux managers d’accorder toute leur attention aux candidats ou aux collaborateurs qui ont le sens de la répartie. C’est déjà bon signe. Mais attention à la transgression: « Faire de la dérision sur le pouvoir est une limite à ne pas franchir. Si on s'en prend à son directeur général ou à l'organisation de l'entreprise, c'est un peu comme un blasphème. Il faut être prudent ». Ce qui explique pourquoi, finalement, c’est encore le dirigeant qui donne le « la » et définit, avec son propre sens de l’humour, les contours du possible.

Ecrire pour manager ?

Pour terminer ce tour d’horizon évidemment subjectif, un rappel et une suggestion. Rappel : Le manager de l’année 2015, élu par un comité d’experts mondiaux, est français. Il se prénomme Mohed, il est syrien d’origine, enfant de bédouins. Il est arrivé en France en 1970, sans connaître notre langue, et malgré le succès de son entreprise à partir de 1985, il a mis du temps à se départir d’une certaine appréhension pour le français, en même temps qu’une grande fascination. Il explique qu’il a ressenti un besoin impérieux de jongler avec l'écriture et les mots. D’abord en écrivant deux ouvrages consacrés au management et aux ressources humaines. Mais ensuite, rédiger des livres de management ne lui a plus suffit. Il s’est mis à écrire des romans.

Mohed Altrad, PDG du groupe éponyme leader du matériel pour le bâtiment (8600 millions d’euros de CA en 2014), en est aujourd’hui à quatre opus, tous parus chez Actes Sud, la maison d’éditions née près d’Arles, à 70 km de Montpellier où se trouve le siège de sa société et dont il dirige le club de rugby. Son parcours, mais aussi les titres de livres excitent l’imagination : Badawi, Bédouin, L'Hypothèse de Dieu, La Promesse d'Annah… Ils donnent envie de découvrir un auteur qui ne manque pas d’humour, lui qui déclarait récemment, à propos d’un de ses anciens banquiers : « J'étais dans son collimateur : un Arabe qui a étudié l'informatique, travaillé dans le milieu pétrolier et qui rachète une entreprise d'échafaudage, c'était déjà n'importe quoi. Ecrire des ouvrages de management passait encore, mais avoir des ambitions littéraires... Il m'a retiré mes concours bancaires » !