Ecrit par Faustine Aziavi (Sarah Darmstadter) • Le 17/04/2015

Luc Ferry invite Schumpeter au Prix des RH

Le Prix des Ressources humaines vise à récompenser un DRH ou son service pour une initiative ou un projet particulièrement innovant et performant. A l’occasion du Prix des RH 2015 Rhône-Alpes – Auvergne, dont Edenred est partenaire...

Ressources Humaines . Accompagnement du changement. DRH. Organisation

Le Prix des Ressources humaines vise à récompenser un DRH ou son service pour une initiative ou un projet particulièrement innovant et performant. A l’occasion du Prix des RH 2015 Rhône-Alpes – Auvergne, dont Edenred est partenaire, l’ancien ministre Luc Ferry a partagé sa vision de l’économie et de l’impact des changements actuels sur la fonction RH.

Luc Ferry a rendu un hommage appuyé à Schumpeter, qu’il considère comme l’économiste le plus pertinent pour comprendre les mutations actuelles de l’économie. En particulier, ce que Schumpeter appelait « destruction créatrice » fait partie intégrante du métier RH. En effet, « l’entreprise est constamment engagée à la fois dans une utilisation, vitale pour elle, des ressources humaines, et dans un processus de destruction et de recréation permanent de ces ressources humaines. »

A la différence de Schumpeter, Luc Ferry parle cependant d’ « innovation destructrice » plutôt que de « destruction créatrice », car c’est l’innovation qui détruit et non la destruction qui crée en tant que telle. L’innovation rend mécaniquement obsolète tout ce qui est ancien : "quand un nouveau produit apparaît, les consommateurs sont contraints de l’acheter pour remplacer l’ancien. La logique du capitalisme moderne serait donc la logique de la mode à l’état pur. Or, la seule et unique finalité de la mode est de démoder l’existant".

Pourquoi l’innovation détruit-elle des ressources humaines ?

Luc Ferry estime que « les grandes mutations technologiques touchant tous les secteurs de la vie humaine créent toujours, dans un premier temps, du chômage, de la décroissance et des inégalités ». Il a rappelé que, dans l’histoire de l’Europe, la première de ces mutations « multi-usages » a été celle de l’imprimerie. On estime aujourd’hui qu’un ouvrier-imprimeur travaillant avec la machine de Gutenberg a détruit l’emploi de 200 copistes ! De même, il y a aujourd’hui 3 000 libraires en France qui sont menacés de destruction par Amazon ; ceux qui resteront seront ceux qui auront innové.

L’ancien ministre de l’Education nationale a indiqué que, dans ce contexte, « jamais le fait d’avoir ou non un diplôme n’a été aussi discriminant qu’aujourd’hui pour entrer dans la vie active ». Dans les années 1960, 10 % des non bacheliers étaient au chômage ; aujourd’hui, ils sont plus de 50 %.

Le rôle de l’Etat et des entreprises

Quel doit être le rôle de l’Etat et des entreprises dans cet immense rouleau compresseur de l’ « innovation destructrice » ? Il y a, pour Luc Ferry, une réponse : "s’il est absurde de défendre les emplois « carbonisés » par l’innovation, il faut absolument défendre les employés. Dans cette perspective, la question de la formation professionnelle est cruciale".

La conclusion de Luc Ferry est que la fonction RH va donc prendre une importance exponentielle dans les années qui viennent. En particulier dans une société où « l’affectif envahit tout ».