Ecrit par Alain Lamour • Le 02/07/2015

Chaud devant ! Travail et canicule

La canicule a-t-elle un effet sur l'activité économique et sur la qualité du travail ? Quels sont les risques à éviter et les précautions à prendre ? Les faits, les conseils et la Loi.

Avantages salariés . Bien-être salarié. Organisation. Santé

La canicule a-t-elle un effet sur l'activité économique et sur la qualité du travail ? Quels sont les risques à éviter et les précautions à prendre ? Les faits, les conseils et la Loi.

39,7°C à l'ombre à Paris, un record battu le 1er Juillet dernier. Sur les chantiers, dans les bureaux, les magasins, les ateliers, la canicule peut se faire durement ressentir. Pas de doute : la chaleur a une influence sur le bien-être au travail et sur la productivité.

Grosse chaleur = productivité en berne ? 

Dans sa théorie des climats, Montesquieu avait donné une nouvelle jeunesse aux théories d’Aristote et de Tacite. Son Esprit des Lois donnait au climat une reponsabilité politique – le climat tempéré de la douce France étant, comme de juste, considéré comme idéal.

Les économistes d’aujourd’hui ne sont pas en reste, comme le rappelait hier Jean-Marc Vittori des Echos  : en comparant les températures et les revenus de 8000 villes dans 12 pays du continent américain, deux chercheurs du MIT ont mis en évidence une baisse du revenu par tête de 1 à 2 % pour une élévation de température moyenne annuelle d'un degré. Deux autres chercheurs, cette fois des universités de Columbia et d'Harvard, démontrent que « les années plus chaudes que la moyenne sont associées à un revenu par tête plus bas dans les pays déjà chauds, et une production par tête plus élevée dans les pays froids : approximativement de 3 à 4 % dans les deux sens », donnant ainsi leur préférence aux pays dits tempérés. Enfin, deux autres universitaires sont arrivés à la conclusion suivante : « La productivité d'un jour donné décline en moyenne de 1,7 % pour chaque degré supplémentaire au-delà d'une moyenne (jour-nuit) de 15 degrés »…

S'acclimater

Pour autant, on ne travaille pas moins dans les pays chauds. Ainsi, selon une étude de l'OCDE datant de 2013 qui combine volume horaire de travail et âge de la retraite, le Mexique et la Corée du Sud arrivent en tête des pays où l'on travaille le plus. Deux pays réputés pour leur chaleur quasi tropicale.

8 à 12 jours pour s'adapter aux grosses chaleurs

 

En réalité, la difficulté essentielle vient de l'acclimatation à des conditions exceptionnelles. On estime qu'il faut 8 à 12 jours pour s'adapter à la chaleur extrême. Sous nos climats où les épisodes caniculaires sont très rarement aussi longs, on n'a donc tout simplement pas le temps de s'acclimater… avant que la situation ne soit revenue à la normale.

Chaleur : attention danger

Pour autant, selon l'INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), " le travail par fortes chaleurs et notamment au-dessus de 33°C présente des dangers (…) La canicule ou des conditions inhabituelles de chaleur sont à l’origine de troubles pour la santé, voire d’accidents du travail dont certains peuvent être mortels”.

L'INRS liste un certain nombre de symptômes (fatigue, sueurs, nausées, maux de tête, vertige, crampes…) liés à la chaleur qui peuvent annoncer des troubles plus graves, comme la déshydratation ou le coup de chaleur parfois mortel. Et il précise : « Les effets du travail par fortes chaleurs sur la santé sont plus élevés quand les personnes ne sont pas acclimatées et lorsque se surajoutent des facteurs aggravants comme la pénibilité de la tâche ou le travail en extérieur ». D'où la nécessité de repérer les risques pour mieux adapter le travail, notamment des salariés les plus exposés : ceux qui travaillent dehors.

Adapter son organisation à la canicule 

Repenser les horaires pour travailler aux heures les moins chaudes, faire tourner les collaborateurs sur des postes moins exposés, augmenter la fréquence des pauses, réduire le travail physique, prévoir des aires de repos climatisés ou des zones d'ombre… : autant de conseils proposés par l'INRS. À ces mesures collectives s'ajoutent des dispositions individuelles : s'habiller avec des vêtements légers et de couleur claire, boire de l'eau régulièrement, s’abstenir absolument d’alcool, faire des repas légers et fractionnés…

En savoir plus : http://www.inrs.fr/risques/chaleur/ce-qu-il-faut-retenir.html

Ce que dit la Loi

Les employeurs sont tenus de protéger la santé de leurs salariés. Concernant la chaleur, le code du travail n'indique aucune température limite au-delà de laquelle les salariés devraient cesser leur activité.

L'article L 4121-1 du code du travail et les suivants stipulent cependant que, d'une manière générale, l'employeur doit adapter les conditions de travail en fonction du "changement des circonstances" - la canicule par exemple. L'air doit être renouvelé dans les locaux fermés et il convient d'"éviter les élévations exagérées de température". À l'extérieur, les salariés doivent être "protégés contre les conditions atmosphériques”.

L'employeur est également tenu de mettre à disposition "de l'eau potable et fraîche pour la boisson". "Trois litres au moins par jour et par travailleur" dans le BTP, précise l'article R 4534-143.

Enfin, l'article L. 4131-1 stipule : « Le travailleur alerte immédiatement l'employeur de toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, ainsi que de toute défectuosité qu'il constate dans les systèmes de protection. Il peut se retirer d'une telle situation ».

Concernant ce droit de retrait, l'article L4131-3 précise : « Aucune sanction, aucune retenue de salaire ne peut être prise à l'encontre d'un travailleur ou d'un groupe de travailleurs qui se sont retirés d'une situation de travail dont ils avaient un motif raisonnable de penser qu'elle présentait un danger grave et imminent pour la vie ou pour la santé de chacun d'eux ».